Article du Monde : "Le "miracle" coréen hôte du G20"

Publié le par Sébastien

Comme a mon habitude, j'ai parcourue Le Monde.fr aujourd'hui. Et c'est à l'occasion de l'ouverture imminente du G20 à Séoul que ce journal écrit un excellent article sur la société coréenne et ses enjeux.

 

 

J'ai mis en gras les passages qui me semblent les plus importants :

 

 

"Séoul, envoyé spécial - Emporté par l'intense circulation du soir sur les autoroutes urbaines des rives du majestueux fleuve Han qui coupe Séoul en deux, le visiteur voit se dérouler un ruban urbain sans fin : dans un kaléidoscope de lumières se succèdent gratte-ciel étincelants de verre et d'acier, ponts illuminés et immeubles d'habitation dont les fenêtres forment des myriades de scintillements. Rassemblant dans la nébuleuse urbaine qu'elle forme un quart de la population (49 millions), Séoul est une ville d'excès : gigantisme, opulence, frénésie consommatrice. Toujours en ébullition, à l'image d'une nation dont le pouls bat la chamade.

Premier "pays émergent" à accueillir le G20, la Corée du Sud qui se situe au beau milieu de cet aréopage – entre les dix plus avancés et les dix qui le sont moins –, entend faire partie des premiers avant 2025. Avec un produit intérieur brut actuel de près de 1 000 milliards de dollars, elle pourrait être la troisième économie du monde en 2050, dépassant l'Allemagne et la France, – à laquelle elle a récemment "taillé des croupières" en remportant la fourniture d'un complexe nucléaire (20 millions de dollars) aux Emirats arabes unis.

Depuis 2009, Samsung a dépassé Hewlett-Packard devenant la première entreprise mondiale en technologies avancées. Et la Corée ambitionne de devenir le centre logistique de l'Asie du Nord-Est en se dotant de zones franches économiques et de centres d'affaires internationaux : villes "intelligentes", "clusters" industriels, "hub" technologiques et autres attirent l'attention des investisseurs étrangers.

 

"RISQUE D'ÊTRE ENGLOUTIE PAR LA CHINE"

 

Coincée entre le Japon et la Chine, la Corée n'a pas toujours une image distincte de ses deux voisins. Et pourtant, vieille civilisation et Etat indépendant à la longue histoire, elle est la 14e puissance économique du monde et la 12e pour le commerce. Se dégageant de la récession plus vite que d'autres, elle devrait renouer en 2010 avec la moyenne de croissance des dix dernières années (5 %) en tablant pour l'avenir sur un nouveau "moteur" : les technologies vertes. "C'est la condition de la poursuite de notre expansion", affirme Kim Sang-hyup, secrétaire du président Lee Myung-bak, chargé de la "politique verte". "La Corée dispose d'une dizaine d'années pour opérer sa mutation vers une économie de la connaissance au risque, sinon, d'être engloutie par la Chine", fait valoir un observateur européen.

Ambitions parfois démesurées, volontarisme affiché : l'expansion de la Corée du Sud, passée en un demi-siècle de la situation de pays pauvre à celle de membre de l'ODCE au revenu de 17 000 dollars par habitant, n'est pas sans ombre. Avec la même rapidité qu'elle a forcé les portes de la prospérité, elle est confrontée aux maux des pays avancés : injustices sociales, précarité, dénatalité, vieillissement.

Parmi les "miracles" asiatiques, celui de la Corée du Sud est le plus remarquable. L'expansion est aussi tangible que fébrile. "Palli, Palli" ("vite, vite") est le leitmotiv et le sésame (supposé) de la modernité. Un sentiment d'urgence entretenu par l'élite dirigeante qui maintient le pays sous pression. Le sens de l'effort et l'endurance, conjuguée à une soif d'éducation, furent les rouages d'un "miracle" qui s'inscrit dans l'histoire tourmentée d'un peuple victime d'une guerre fratricide (1950-1953), après avoir été humilié pendant un demi-siècle sous le joug nippon. La volonté de se dégager de l'ornière explique l'adhésion collective de la majorité aux objectifs productivistes. Moins partagés aujourd'hui.

 

LE MONDE VIRTUEL FAIT DES VICTIMES

 

L'expansion économique se conjugue à une démocratisation commencée en 1987 sous la pression de la rue qui mit fin à des décennies de dictatures militaires. Après dix ans de gouvernements de centre-gauche, les conservateurs sont revenus au pouvoir avec l'élection en 2007 de Lee Myung-bak, ancien patron de la filiale de construction de Hyundai et apôtre d'un capitalisme sans complexe. Entre temps, la société civile a gagné du terrain grâce au Web : 90% des foyers ont le haut débit et la télécommunication mobile est omniprésente, servie par une réceptivité sans borne aux innovations fonctionnelles. Le monde virtuel fait des victimes non seulement parmi les adolescents, mais aussi parmi les adultes, dont les jeunes chômeurs accrocs des jeux en ligne, au point que sont apparus des centres de réhabilitation. Mais Internet est aussi un instrument de mobilisation, dont le pouvoir politique doit tenir compte.

La société attend désormais autre chose qu'un palmarès de croissance dont les effets ne se font guère sentir sur la vie de la majorité. Selon The Economist, la Corée du Sud est un exemple de "prospérité économique qui ne garantit pas forcément la qualité de vie" : elle figure au 25e rang des pays de l'OCDE pour cet indice et les heures de travail y dépassent 2 300 par an. Loin des quartiers modernes aseptisés de Séoul, dans les "coulisses de l'exploit" coréen vit un petit peuple courageux et un peu rustre aux conditions de vie modestes qui louvoie entre les difficultés, les contraintes, les inégalités et l'exclusion.

Derrière la façade de triomphalisme productif véhiculé par les grands médias pro-gouvernementaux est sensible un malaise social rampant : jeunes sans emploi (dont le nombre est supérieur au taux de chômage officiel : 5 %) ; travail temporaire (40 % du salariat) ; précarité croissante frappant 8 millions de personnes, selon les syndicats ; travailleurs âgés sans système de retraite adéquat et taux de suicide (30 000 par an) supérieur à celui du Japon.

 

MUTATION DES MENTALITÉS

 

La Corée est entrée dans une phase de transition. Le "modèle" pyramidal de production a vécu : mondialisés, les conglomérats ("chaebols") délocalisent, laissant sur le carreau les PME dans leur mouvance. La cohésion sociale s'effrite avec d'un côté les nantis et, de l'autre, une classe moyenne qui s'appauvrit et ne nourrit plus les mêmes illusions sur les bienfaits de l'expansion. Selon une enquête du quotidien Joong-Ang, 73 % des Coréens qualifient leur société d'"injuste". Un mécontentement qui ne trouve guère à s'exprimer avec le déclin d'un virulent syndicalisme de gauche, jugulé par le pouvoir, mais dont témoigne la déconfiture du parti gouvernemental aux élections locales de juin.

"La démocratie semblait acquise et nous nous sommes désintéressés de la politique. Les méthodes autoritaires de Lee Myung-bak ont été un coup de semonce", dit une jeune femme de 26 ans. "Les nobles causes pour lesquelles on s'était battu n'ont jamais été gagnées", dit en écho un ancien journaliste qui vécut les batailles pour la démocratie et la justice sociale. Deux générations : même constat.

Pour l'instant, beaucoup se contentent de se dérober à la voracité des entrepreneurs : selon un récent sondage, plus que l'argent, la majorité souhaite des loisirs. La frénésie consumériste qui a engendré un surendettement des ménages fait place à des modes nouvelles comme le "bien vivre" qui, conjuguées à la nouvelle citoyenneté pulsée par le Web, n'en dénotent pas moins une mutation des mentalités."

 

 

 

Publié dans Culture

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Mael 15/11/2010 17:23



Excellent article ! Ca me fait penser à un reportage que j'ai vu récemment sur le Japon avec l'intégration des nouveaux salariés dans l'entreprise par des procédés pire que militaires qui passent
par l'humiliation, l'épuisement et la soumission, la conception asiatique du monde du travail permet certes une grande efficacité mais les travailleurs ne semblent pas vraiment "vivre", la
recherche d'épanouissement dans le travail semble presque inconcevable pour eux... Entre les français râleurs et paresseux et les asiatiques aliénés, j'espère qu'on va réussir à trouver le juste
milieu ;)



Jérémy 12/11/2010 16:05



Vraiment bien ton article. Et malheureusement, je crois que c'est vrai. Et je crois que ce que tu dis c'est aussi valble pour le Japon (même si il ya des différences culturelles entre ces deux
pays, je pense qu'en ce qui concerne le monde du travail, le respect de la hierarchie, pas perdre la face et fermer sa gueule c'est pareil !!).


Ca me fait penser au bouquin d'Amelie Nothomb "stupeur et tremblement", on parle bcp d'elle tt le tps parce qu'elle publie un bouquin par an, mais celui-là est vraiment pas mal. A la fin d'un
chapitre où elle dépeint la face caché de la société (enfin, que les japonais ne veulent pas vrmt regardé en face, on va plutôt dire ça) elle balance "et le pire c'est que tout le monde pense que
ces gens (en parlant des japonais) sont des privilégiés"


Le privilège de pas avoir de vie et d'être entassé comme une sardine dans le métro...cool.


Après il faut essayer de voir le bon coté des choses, mais je pense que, que ce soit en Corée ou au Japon, on a atteint un tel stade dans l'aliénation de soi et la dévotion que voir le bon coté
des choses revient à se voiler la face. Enfin c'est mon avis !